• Laetitia Guibert

Le conformisme : un préjudice pour la planète ?


L’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC), issue de la 3e vague des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), part du postulat que nos comportements sont conditionnés par deux modes mentaux : le mode mental automatique et le mode mental adaptatif.


Le mode mental automatique est celui qui nous permet de gérer (principalement inconsciemment) nos activités quotidiennes par automatisme afin de préserver notre énergie pour la gestion des imprévus. Ce mode se composerait de trois gouvernances : la gouvernance grégaire, instinctive et émotionnelle qui nous aurait permis de survivre et de pérenniser notre espèce.


Selon l'ANC, la gouvernance grégaire serait la partie du cerveau qui permettrait de trouver notre place « instinctivement » au sein d’un groupe en minimisant les rapports de force et en maximisant la coopération. Elle assurerait donc la régulation spontanée des rapports sociaux entre individus et permettrait d’assurer la cohésion et l’appartenance au groupe. Mais jusqu'où ce rapport au groupe peut nous amener ?


Comportements grégaires et peur de l’exclusion


« L’homme est un être social » (Aristote) qui a besoin du groupe pour survivre. Et il sera prêt à faire beaucoup de chose, souvent inconsciemment, pour faire partie de ce groupe ou plutôt, pour éviter l’exclusion.


En 2003, une équipe de chercheurs a réalisé une étude sur la douleur engendrée par l’exclusion sociale. Il est ressorti de cette étude, qu’elle serait localisée au même endroit que la douleur physique et la gestion des émotions.


L’être humain est capable (inconsciemment) de beaucoup de choses pour ne pas se sentir exclu, quitte à suivre les influences sociales du groupe pour s’intégrer. C’est ainsi que sont conditionnés de nombreux comportements grégaires qui ne vont pas toujours dans le bon sens et ce, par conformisme.


Conformisme et influences sociales


Le conformisme désigne le processus d’influence sociale par lequel une personne est amenée à aligner ses propres perceptions, croyances ou conduites et donc comportements sur celles d’un groupe.


Deux influences sociales expliquent le conformisme :

- L’influence sociale informationnelle : dans l’incertitude, on essaye de se rassurer en adoptant plus souvent l’avis des autres car l’unanimité est synonyme de véracité (biais de la pensée de groupe) ;

- L’influence sociale normative : pour éviter la désapprobation, et donc l’exclusion, on tend à se soumettre à la pression du groupe.


Selon une expérience menée par Salomon Asch, en 1951, nous avons tendance à nous conformer à l’avis du groupe à 33% dès que le groupe est unanime sur une réponse.


Le conformisme est un puissant facteur de cohésion sociale mais qui peut nous porter préjudice, surtout quand il est question de transition écologique.


Comportements grégaires et transition écologique


Nombreux de nos comportements sont conditionnés, inconsciemment et instinctivement, par conformisme, sans même que nous nous en rendions compte. Les modes en attestent : acheter un SUV, manger du soja, utiliser une trottinette électrique etc.


La publicité surfe sur cette théorie du conformisme en utilisant constamment l'influence du groupe, pour pousser à la consommation car elle sait que lorsqu'un individu est incertain face à un choix, il a tendance à imiter celui de la majorité.


C’est pourquoi, même si le SUV sont estimés 20% plus polluants qu’une voiture classique et seraient la 2e source de croissance des gaz à effet de serre dans le monde (selon l’agence internationale de l’énergie), on ne dénombre pas moins de :

- 1, 8 milliard d’euro de dépenses publicitaires consacrées à la promotion des SUV en moins d’un an ;

- 18 pages de journaux consacrées chaque jour à la publicité des SUV ;

- 3h50 de publicité pour les SUV à la télévision par jour.





Source : https://www.franceinter.fr/les-suv-omnipresents-dans-la-pub-alors-que-plus-polluants-denonce-le-wwf


Résultats, la part de marché des SUV a augmenté : 39,2 % des immatriculations en 2020 contre 36,9 % en 2019. Et 4 voitures neuves sur 10 sont des SUV.


Du coup on est foutu ? Oui… parce qu’on a déjà tous plié face à la publicité et non… car on peut aussi conditionner des comportements plus vertueux par conformisme !


• Dans le monde, le marché des produits biologiques a quasiment quadruplé en 10 ans pour atteindre aujourd’hui les 100 milliards d’euros. Près de 9 Français sur 10 déclarent avoir consommé des produits biologiques. 73 % des Français consomment du bio depuis 5 ans, dont 17 % depuis un an





• En 2017, un Français consommait en moyenne 96 bouteilles plastiques par an, autant d’emballages à usage unique qui peuvent être évités grâce à l’utilisation d’une gourde. Aujourd’hui, le marché mondial des gourdes devrait croître de 3,9% par an entre 2018 et 2025.


Bien sûr, d’autres facteurs viennent expliquer de tels changements de comportements : prise de conscience, offre existante, réglementation etc. Mais l'impact du conformisme est non négligeable !


L’idée est donc de choisir quels comportements diffuser dans la société, condamnés les comportements ayant un impact trop négatif sur l’environnement et favoriser ceux qui vont dans le sens de la transition, et par conformisme espérer que les autres suivront !

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